Rentrée d’argent : faut-il rembourser son crédit immobilier ou épargner ?

Vous venez de toucher un petit pécule et vous vous interrogez sur comment l’utiliser à bon escient. Devez-vous faire fructifier cet argent ou rembourser vos dettes et notamment le prêt immobilier contracté quelques années auparavant ? A cette équation, il y a de multiples inconnues, comme le niveau des taux d’intérêt ou votre situation financière à moyen terme, mais nous allons vous aider à vous poser les bonnes questions.

Tout d’abord sachez qu’il n’y a pas de meilleure solution en soit. Cela dépend de votre situation personnelle mais aussi de l’environnement économique. Eh oui, pour choisir entre les deux options, rembourser ou épargner, il vous faudra prendre en compte les taux d’intérêt des crédits et de l’épargne et leurs évolutions anticipées.

IRA et fiscalité à prendre en compte

Mais avant d’en arriver ici, posons d’abord les bases. En bon agent économique que vous êtes, vous devez avant de vous décider comparer ce que vous fera économiser le remboursement anticipé de votre crédit immobilier à ce que vous gagnerez en plaçant cet argent. Le premier volet, comme le second d’ailleurs, ne sont pas si simple à estimer. Vous l’ignorez peut-être, mais lorsque vous accélérez l’échéancier de votre emprunt, votre banque vous facture des pénalités, sous forme de pourcentage. Dans le jargon bancaire, on parle d’indemnités de rachat anticipé ou IRA. Ces frais, plafonnés à 3% du montant restant dû, sont donc à prendre en compte dans le calcul. Côté épargne, le taux d’intérêt du placement entre en ligne de compte, sans oublier sa fiscalité…

Prenons l’exemple d’un couple ayant emprunté 200 000 euros à 2% en mars 2016 sur 20 ans. En remboursant 40 000 euros de façon anticipée en ce mois de juin, il va gagner plus de 17 000 euros, dont 3 000 euros au titre de l’assurance-emprunteur (estimée ici à 0,35%), une fois la déduction de 400 euros d’IRA faite. Pour retirer la même chose en plaçant les 40 000 euros, le couple doit trouver un produit qui lui rapporte 2,73% d’intérêts nets des prélèvements fiscaux et sociaux. Ce qui représente un taux important compte tenu du contexte actuel. Le Livret A est à 0,75%, les nouveaux PEL sont fiscalisés et rémunérés à 1% seulement. Quant aux fonds euros des assurances-vie, ils ont rapporté l’année dernière de 1% à plus de 3% nets de frais de gestion. La moyenne se situant à 1,80%, il faut donc sélectionner avec soin son contrat.

Placer : un pari sur l’avenir ?

Sans changement dans l’environnement économique, la rémunération de l’épargne garantie ne devrait que peu évoluer. Mais ce retournement de situation est peut-être pour bientôt… En effet, l’inflation annuelle en France a bondi de 2,1% en juin, après déjà +2% en mai. Si la hausse des prix perdure dans les prochains mois, les banques pourraient remonter les taux d’intérêt des crédits. Et, le rendement des produits d’épargne sans risque pourrait rapidement suivre. Dans ces conditions, en conservant votre prêt immobilier contracté alors que les taux étaient bas, c’est comme si vous profitiez d’un crédit pas cher, tout en pouvant épargner à un rendement intéressant. Un double effet d’aubaine donc ! Outre les intérêts tirés, la somme épargnée vous permettra également de faire face en cas de coup dur. Vous pourrez ainsi assumer plus aisément la baisse de revenus ou la survenue d’une dépense importante non prévue, et ce, sans avoir besoin de souscrire un crédit à la consommation.  

Faire le choix de l’épargne reste toutefois un pari sur l’avenir. Car il est encore trop tôt pour voir dans l’inflation actuelle la remontée prochaine et rapide des taux d’intérêt. La hausse des prix que nous connaissons actuellement est en effet moins due à la reprise de l’activité économique et à la progression des salaires qu’à la hausse des prix des matières premières. Pour voir le contexte changer plus durablement, il faudra a priori attendre courant 2019 et la fin de la politique monétaire accommodante de la Banque centrale européenne. Car, lorsque la BCE arrêtera de faire tourner la planche à billets, les liquidités arrêteront de couler à flot dans l’économie européenne. Elles deviendront plus rares et leur prix – c’est à dire le taux d’intérêt sur le marché monétaire – remontera, entraînant dans son sillage les taux d’intérêt de l’économie réelle.